France – L’inflation cumulée depuis début 2020 reste inférieure de 3,5 points à celle de la zone euro

France – L’inflation cumulée depuis début 2020 reste inférieure de 3,5 points à celle de la zone euro

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L’Insee a publié la semaine dernière les résultats provisoires de l’indice des prix à la consommation (IPC) d’avril. Eurostat a également publié l’estimation rapide de l’indice des prix à la consommation harmonisé (IPCH) d’avril pour l’ensemble de la zone euro.

Si l’inflation a bien diminué depuis le plateau haut autour de 6% en glissement annuel (pour l’IPC) atteint entre l’été 2022 et le printemps 2023, son repli pourrait être plus lent à l’avenir, et même heurté. L’inflation pourrait, en effet, remonter légèrement en mai et en juillet en raison d’effets de base sur les prix de l’énergie (qui avaient diminué un an plus tôt). En outre, l’inflation des services, principale contributrice à l’inflation totale depuis l’automne 2023, devrait s’avérer relativement persistante en lien avec des salaires nominaux toujours allants dans ce secteur intensif en main d’œuvre.

En utilisant l’IPCH, qui permet une comparaison des taux d’inflation entre les différents pays européens du fait d’une méthodologie harmonisée, l’inflation française est stable en avril, à 2,4% sur un an (comme en mars). Le fait que le glissement annuel de l’IPC diminue, tandis que celui de l’IPCH reste stable, peut paraître étonnant à première vue. Toutefois, il est lié aux différences méthodologiques entre les deux indicateurs. Pour les produits et services de santé, l’IPCH comptabilise uniquement le reste à charge des ménages après remboursement de la sécurité sociale, contrairement à l’IPC qui prend en compte le prix ʺbrutʺ (avant tout remboursement). Le doublement des franchises médicales le 31 mars pourrait ainsi expliquer l’accroissement de l’écart entre les glissements annuels de l’IPC et de l’IPCH en avril (voir la dernière note de conjoncture de l’Insee).

En avril, l’inflation en France est la même qu’en zone euro (au sens de l’IPCH) depuis mars, à 2,4% en glissement annuel. L’inflation allemande, qui a légèrement augmenté par rapport à mars (+0,1 point) s’établit également à 2,4% sur un an. En Espagne, l’inflation est supérieure et en augmentation (+0,1 point à 3,4% en g.a.), tandis qu’en l’Italie, elle est nettement inférieure et en baisse ce mois-ci (-0,2 point à 1% en g.a.). La France apparaît ainsi en position médiane par rapport à ses grands voisins. Elle affiche par contre une inflation cumulée depuis l’avant-crise sanitaire (17,3%) sensiblement plus faible que la zone euro (20,8%), l’Espagne (19,6%), l’Italie (20,2%), et surtout l’Allemagne (22,6%). Cette observation est également valable pour l’inflation sous-jacente1 (qui correspond à la tendance de fond de l’inflation, hors prix volatils), en se basant sur les chiffres de mars (les chiffres d’avril n’étant pas encore disponibles pour l’ensemble des pays).

Notre opinion – Le processus de désinflation est un élément-clé de notre scénario. Il devrait générer des gains de pouvoir d’achat des salaires, stimulant ainsi le rebond de la consommation des ménages, que nous voyons comme le moteur de la croissance en 2024 et 2025. La consommation des ménages a d’ailleurs finalement déjà un peu rebondi depuis le deuxième semestre 2023. C’est ce que la première estimation des comptes nationaux trimestriels du premier trimestre 2024, et les révisions intervenues à cette occasion sur le passé, nous révèlent (voir notre publication ʺFlash PIB : légère accélération du PIB au premier trimestre 2024, à +0,2%, comme prévuʺ). La consommation des ménages a ainsi augmenté de 0,5% au troisième trimestre 2023, a ralenti à +0,2% tout en continuant d’augmenter au quatrième trimestre 2023, et a de nouveau augmenté au premier trimestre 2024, à +0,4%. En particulier ce dernier trimestre, la consommation de biens se redresse légèrement, portée notamment par le rebond de l’alimentation, et en dépit de la baisse des dépenses en matériels de transport liée au durcissement des conditions des dispositifs de bonus et malus écologiques pour les voitures neuves. La consommation de services est par ailleurs toujours dynamique.

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1 Au sens de l’IPCH hors énergie, alimentation, alcool et tabac

Article publié le 3 mai 2024 dans notre hebdomadaire Monde – L’actualité de la semaine

France – L’inflation cumulée depuis début 2020 reste inférieure de 3,5 points à celle de la zone euro

Si l’inflation a bien diminué depuis le plateau haut autour de 6% en glissement annuel (pour l’IPC) atteint entre l’été 2022 et le printemps 2023, son repli pourrait être plus lent à l’avenir, et même heurté. L’inflation pourrait, en effet, remonter légèrement en mai et en juillet en raison d’effets de base sur les prix de l’énergie (qui avaient diminué un an plus tôt). En outre, l’inflation des services, principale contributrice à l’inflation totale depuis l’automne 2023, devrait s’avérer relativement persistante en lien avec des salaires nominaux toujours allants dans ce secteur intensif en main d’œuvre.

Marianne PICARD, Economiste - France, Belgique et Luxembourg